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 Marinette MENUT du Service de Santé du Mont-Mouchet

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AS-GMO
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MessageSujet: Marinette MENUT du Service de Santé du Mont-Mouchet   Lun 17 Avr 2017 - 14:39

Je rajoute cet hommage car malheureusement rien ne fut fait sur notre forum au sujet de cette héroïne !

Voici ce que dit ce lien :
http://lesamitiesdelaresistance.fr/lien10-menut.php


Une Héroïne de la Résistance : Marinette Menut, Pharmacien à Riom (1914-1944)
Charles Guyotjeannin
Communication présentée à la Société d'histoire de la pharmacie le 19 juin 1996.
Revue d'histoire de la pharmacie, 1997. Publié avec l'autorisation de l'auteur.




"Que l'on rende justice à notre souvenir après la guerre, cela suffit..." (dernière lettre de Boris VILDE, jeune ethnologue du musée de l'Homme, avant d'être fusillé par les Allemands le 23 février 1942, in : Journal et Lettres de prison, 1941-1942).

Un livre d'or consacré au martyrologe de la pharmacie française durant la guerre de 1939-1945 fait état de la mort de 174 pharmaciens et étudiants en pharmacie, dont 16 consœurs et parmi elles un nom, celui de madame MENUT-LAFAYE, dont le souvenir est toujours très vivace en Auvergne, reflète le pur symbole de l'absolu et la magnifique image d'un engagement intransigeant.

Anne-Mary, Jeanne LAFAYE est née à LAPRUGNE (ALLIER) le 16 mai 1914 d'un père et d'une mère instituteurs.

Après des études secondaires sanctionnées par l'obtention d'un baccalauréat "A - Philo" en octobre 1933, elle fait son année de stage à la pharmacie PERRIER à CUSSET (ALLIER) du 21 octobre 1933 au 26 octobre 1934, s'inscrit à l'École de plein exercice de médecine et de pharmacie de CLERMONT-FERRAND où elle effectue ses quatre années de scolarité et passe ses deux premiers "probatoires" (8 novembre 1934 - 22 juillet 1938), puis à la faculté de pharmacie de TOULOUSE pour son troisième "probatoire". Elle termine avec succès (mention assez bien) la deuxième partie de celui-ci le 12 mai 1939.

Elle se marie le 15 avril 1941 avec Max MENUT qui avait fait son stage en pharmacie, puis avait été mobilisé en 1939, fait prisonnier et s'était évadé. Tous deux créent une pharmacie, la "Pharmacie nouvelle", place Paul Doumer, à RIOM (PUY-DE-DÔME).

Au début du mois de décembre 1941, Max MENUT entre dans la Résistance en plein accord avec son épouse, bien qu'elle soit enceinte de quelques mois. Responsable du mouvement "Combat" pour l'arrondissement de RIOM, puis chef du 1er Bureau (organisation des effectifs) de l'état-major des M.U.R. (Mouvements unifiés de la Résistance) du PUY-DE-DÔME, il sera l'intrépide "commandant Bénévol".

Échappant de justesse à la Gestapo venue pour l'arrêter, il devient un "combattant de l'ombre". Sa femme assure dorénavant la transmission du courrier de l'organisation clandestine. Elle ravitaille en médicaments, en pansements et autres produits de soins le Premier Corps franc d'Auvergne et les maquis de la région. Elle constitue un important maillon de la chaîne qui permettra, en août 1943, l'évasion de onze prisonniers à la gare de PONTMORT en fournissant les renseignements et les horaires, en particulier celui du départ du convoi de RIOM qu'elle tient d'un gardien de la Maison centrale acquis à la Résistance. Elle recueille chez elle durant cinq mois Lucette INGRAND, pharmacien, épouse du Dr Henry INGRAND, chef régional des M.U.R. et futur commissaire de la République de la région de CLERMONT-FERRAND à la Libération. Ce sont quelques exemples d'actions qu'elle accomplit tout en s'occupant de son officine.

Surveillée de très près par quelques miliciens riomois et sentant se resserrer les mailles du filet, elle prend le maquis à la fin 1943 accompagnée de son père, Fernand LAFAYE, confiant à sa mère sa petite fille née un an auparavant.

Un ami de son mari, pharmacien, accepte de prendre la pharmacie en gérance, mais devant les visites répétées de certains collaborateurs notoires et les pressions exercées par un membre de la profession, ce jeune pharmacien doit abandonner et la pharmacie est alors vendue en catastrophe, sous la menace d'être fermée, malgré les réticences de certains collègues.

Ayant donc rejoint son mari au maquis, Anne-Mary MENUT, devenue "Marinette", participe à l'organisation du réduit du Mont Mouchet - un des sommets de la Margeride situé dans le sud-est de l'Auvergne, dans le département de la Haute-Loire - avec les épouses d'Émile COULAUDON ("colonel Gaspard") et du commandant DUMAS, installés à la VOUTE-CHILHAC (HAUTE-LOIRE). Dès la mise en place du réduit, elle participe à la direction de l'hôpital de campagne comme lieutenant-pharmacien avec son amie Laurette Meyer, infirmière d'un patriotisme et d'un dévouement exemplaires.

Une première attaque allemande échoue le 2 juin 1944, mais des troupes de la Wehrmacht en plus grand nombre, accompagnées de quelques compagnies de l'Ostlegion et avec de puissants moyens, attaquent de nouveau le 10 juin sur trois fronts. Les combats sont violents, mais après une résistance farouche, les maquisards sont contraints à se disperser. De petits groupes atteignent le réduit cantalien de LA TRUYERE, mais celui-ci, le 20 juin, est attaqué en force par artillerie, blindés et aviation ennemis ; les Allemands portent leur attaque en quatre points à la fois. À 22 heures, les ordres ayant été donnés d'évacuer ce réduit, l'infirmerie où s'est installée Marinette doit quitter le petit village de MAURINES (CANTAL) au moment où la bataille fait rage et se diriger vers la LOZERE avec une soixantaine de blessés. Malheureusement la route s'arrête au fond de la vallée un peu avant la rivière LE BES et le transport des blessés a lieu à dos d'hommes sur une passerelle de l'usine électrique située de l'autre côté de la rivière.

Pendant ce temps, deux résistants vont chercher du secours au village d'ALBARET-LE-COMTAT (LOZERE) pour transporter les blessés hors d'atteinte des soldats allemands qui ratissent la région, se servant de fusées éclairantes qui illuminent les collines. Réveillés par le maire, tous les paysans vont dans les prés récupérer leurs attelages constitués par des bœufs ou des vaches et, au petit jour, les blessés sont remontés sur les chars à bœufs vers le village et soignés avec du matériel récupéré dans le convoi abandonnés. Après une attente anxieuse, après l'angoisse de ces blessés et de leurs convoyeurs, peut-être un espoir...

Le lendemain, toujours avec les mêmes et braves paysans, deux convois sont organisés, le premier marchant relativement vite avec les blessés pouvant supporter les cahots des chemins de terre empruntés et le deuxième se déplaçant très lentement, escorté par Marinette MENUT, son père, son mari, le Dr REISS ("Raymond"), professeur de la faculté de médecine de Strasbourg, et le Dr CANGUILHEM ("Lafont").

Un collaborateur de SAINT-CHELY D'APCHER (LOZERE), chiffonnier de son état, révèle aux Allemands la deuxième partie du convoi qui n'a pu franchir à temps la route de SAINT-FLOUR à SAINT-CHELY. Alors, le 22 juin après-midi, une unité de la Wehrmacht l'encercle à ESTREMIAC tout près du village de SAINT-JUST (CANTAL). Les Allemands achèvent les blessés couchés sur les chars, tuent également le Dr REISS et Fernand LAFAYE, le père de Marinette. Quant au Dr CANGUILHEM, il a réussi par miracle à se cacher dans le petit ruisseau bordant le lieu du massacre avec Jean SIMON, un Parisien, ancien du collège Michel de L'HOSPITAL de RIOM, où il avait connu Max MENUT.

Au cours de cet engagement, Marinette, qui est restée avec ses blessés, se saisit de la mitraillette de l'un d'entre eux et fait feu, jusqu'à ce que, blessée dans la région rénale, elle soit faite prisonnière. D'abord emmenée à la mairie de CHAUDES AIGUES, elle est ensuite transportée dans le petit hôpital de SAINT-FLOUR. De nouveau, un faible espoir... Elle met au point une tentative d'évasion, et ce, grâce à une religieuse de l'hôpital, sœur Marthe, qui a placé sous son matelas un habit de son ordre, afin qu'ainsi vêtue elle soit confondue avec une des religieuses de l'hôpital et puisse quitter la place. Mais avant que ce projet soit mis en œuvre, la Gestapo vient à l'hôpital avec un agent français à sa solde, qui l'identifie comme étant l'épouse du commandant Bénévol, malgré la fausse identité qu'elle a donnée. Son sort est alors définitivement scellé, mais son calvaire n'est pas encore terminé. Nous sommes le 27 juin...

Immédiatement transférée au siège de la Gestapo de CLERMONT-FERRAND, le sinistre "2 bis, avenue de ROYAT" à CHAMALIERES, elle y est atrocement torturée avec interdiction au médecin gestapiste de lui apporter quelque soulagement. Mais les interrogatoires "poussés", accompagnés de coups de nerf de bœuf et autres tortures, n'ont pas raison du caractère indomptable et de la résistance farouche de la prisonnière. Finalement, sans avoir jamais dévoilé aucun renseignement, elle est emmenée le 19 ou le 20 juillet au petit matin au terrain d'aviation d'AULNAT, près de CLERMONT-FERRAND, où elle est fusillée par un peloton d'Allemands du S.D. (Service de renseignements et de répression allemand). Enterrée, sans même avoir été achevée, dans un trou de bombe, on a retrouvé sa dépouille après la libération de la région, avec de nombreux autres résistants qui avaient subi le même sort.

Ainsi est morte, à l'âge de trente ans, mère d'une petite fille de deux ans (qui plus tard sera pharmacien comme sa maman), notre consœur Marinette MENUT, fidèle jusqu'au bout à son idéal de liberté, valeureuse figure, la plus emblématique de la vraie Résistance et dont la pharmacie française peut être fière. Elle avait fait sienne cette maxime énoncée ultérieurement dans un livre émouvant sur la déportation : "Il n'y a pas d'ambiguïté : nous restons des hommes, nous ne finirons qu'en hommes...". La Légion d'honneur lui fut attribuée le 1er mars 1945 à titre posthume, ainsi que la Croix de guerre et la Médaille de la Résistance. Le souvenir de Marinette MENUT a été perpétuée par le baptême d'une place portant son nom à RIOM et de deux rues, l'une à CLERMONT-FERRAND, l'autre à CUSSET, ainsi qu'un rond-point à COURNON D'AUVERGNE. C'est d'ailleurs dans le cimetière de la petite ville de CUSSET dans l'ALLIER qu'elle fut inhumée. Une plaque a été posée à l'université Blaise Pascal de CLERMONT-FERRAND.

De ce service de santé de l'État-major des maquis d'Auvergne, sont encore présents : Laurette MAYER-SCHLESSINGER, Jean SIMON, et Charles BERENHOLC.

Pour ce récit, nous nous sommes inspiré de quelques articles de presse et de livres consacrés à la Résistance où se trouvent de courts passages concernant notre héroïne, en y apportant rectifications et précisions supplémentaires. Après plus d'un demi-siècle passé, nous pensons avoir fait une relation des faits en nous rapprochant le plus près possible de la vérité.

Nous tenons à remercier toutes celles et tous ceux qui ont répondu à nos demandes avec beaucoup d'amabilité.

Notre gratitude va tout particulièrement à monsieur le professeur émérite des universités C. BERENHOLC, à messieurs les professeurs B. JOLY et R. BASTIDE, respectivement doyens des facultés de pharmacie de CLERMONT-FERRAND et de TOULOUSE, à madame Francine MALLOT, archiviste de la ville de RIOM, et au lieutenant-colonel (†) Max MENUT, un des premiers chefs de maquis d'Auvergne, avec qui nous avons eu un long et émouvant entretien lors d'une visite que nous lui avons récemment rendue. À ce grand et courageux Français, je tiens à redire toute mon affectueuse admiration. Nous n'oublions pas non plus, dans nos remerciements, nos deux camarades auvergnats de notre même combat, Louis DOMAS et Serge COMBRET, qui nous ont aidé également dans nos recherches.


Voir ce lien également :
http://maquisardsdefrance.jeun.fr/t5747-services-de-sante-et-sociaux-au-maquis

En espérant que cela vous intéresse, et que vous pourrez m'aider à compléter cet hommage, sincères amitiés...

_________________


Tu as 2 devoirs dans la vie :
le 1er c'est de servir ton pays !
le 2ème c'est d'entrer en Résistance si ton pays devient fou !
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alex33
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MessageSujet: Re: Marinette MENUT du Service de Santé du Mont-Mouchet   Lun 17 Avr 2017 - 19:33

Bonsoir,

Magnifique hommage que tu réalises, encore une anonyme devenu héros.

Cdlt

Alex'
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rve0800
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MessageSujet: Re: Marinette MENUT du Service de Santé du Mont-Mouchet   Mar 18 Avr 2017 - 6:28

Salut


bel hommage , une grande dame courageuse .


a+
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lemataf
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Date d'inscription : 26/09/2010

MessageSujet: Re: Marinette MENUT du Service de Santé du Mont-Mouchet   Mar 18 Avr 2017 - 11:33

Bonjour AS-GMO,

Merci pour cet hommage a cette magnifique figure & a tous ses compagnons.

Cordialement,

Jean-Daniel
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MessageSujet: Re: Marinette MENUT du Service de Santé du Mont-Mouchet   

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