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 Déces de Mme dedenis (15)

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Daffy
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MessageSujet: Déces de Mme dedenis (15)   Mar 8 Fév 2011 - 14:45

Trouvé sur un autre forum "le monde en guerre 39-45" je retranscris ce message de cette résistante Cantalienne.

Hommage à Denise Dedenis, une authentique résistante.


Bonjour à toutes et bonjour à tous,

Le lundi 24 janvier 2011, avait lieu à l'abbatiale Saint-Cézaire de Maurs-la-Jolie (Cantal) les obsèques de Madame Denise Dedenis, âgée de 93 ans.

En apprenant son décès, le samedi 22 janvier 2011, j'ai été assez ému car avec la disparition de cette dame, fille d'un facteur retraité de Maurs et veuve d'un employé de la SNCF, qui avait été, avec son mari, une authentique résistante du maquis de Biars-Bretonnoux (Lot) durant la Seconde guerre mondiale, s'en allait une des dernières survivantes pouvant raconter cette bien triste époque.

Elle avait fort heureusement rédigé fin 2003 un témoignage assez remarquable sur la journée du vendredi 12 mai 1944 à Maurs où la guerre, qui avait jusque là totalement épargné le petit Chef-lieu de canton du Sud-Ouest du Cantal, s'y est très soudainement invitée lors d'une rafle de la terrible division SS "Das Reich"... Son témoignage et celui de 21 autres personnes, ont étés réunis à l'initiative de la mairie de Maurs au printemps 2004, à l'occasion du soixantième anniversaire de "la rafle" dans une petite brochure intitulée "De mémoire de Maursois... 12 mai 1944 - La Rafle - Afin que le souvenir demeure". Cette brochure a été remise à la population maursoise le 12 mai 2004 en présence de Monsieur le Préfet du Cantal et de tous les élèves des écoles de Maurs afin justement que ces jeunes filles et ces jeunes garçons puissent eux-aussi transmette ensuite les témoignages de personnes qui ont connu cette journée de guerre bien après la disparition du dernier témoin...

L'historien auvergnat Eugène Martres (un Cantalien lui aussi), correspondant pour l'Auvergne de "l'Institut d'Histoire du Temps présent" a bien voulu rédiger la préface de cette brochure. Eugène Martres est l'auteur de plusieurs livres sur l'histoire de l'Auvergne durant la Seconde guerre mondiale, dont "Le Cantal de 1939 à 1945 - Les troupes allemandes à travers le Massif-Central" paru aux éditions De Borée en 1993.

Dans son témoignage, Denise Dedenis évoque un aspect souvent méconnu par les "Français de l'Intérieur" : celui des pauvres Alsaciens et Lorrains enrôlés de force dans l'armée allemande, les "Malgré Nous".

Voici le témoignage fort instructif de Madame Denise Dedenis :

« Ceci est l'histoire authentique que j'ai vécue ce 13 mai 1944, jour de la rafle à Maurs. J'habitais Biars-sur-Cère à l'époque. Mon mari, Georges Dedenis, était employé à la SNCF et nous avions trois enfants. J'étais venue voir mes parents qui, eux, habitaient à Maurs (avenue de la Gare). Mon père était facteur en retraite, il s'oubliait souvent au bistrot où il ne cessait de vitupérer sur « ces sales Boches », ma mère le mettait en garde car la milice et la gestapo étaient partout et il risquait de se faire ramasser.

Donc, ce matin du vendredi 12 mai 1944, de violents coups ont ébranlé la porte. Je suis sortie à la fenêtre : quatre soldats allemands se tenaient en bas. Me prenant pour une demoiselle ils m'ont demandé où était mon père ? Ce dernier, pensant qu'on venait l'arrêter, les a suivi sans prendre ni veste, ni papiers. Georges, mon mari, est sorti et les a suivi de loin, discrètement, mais avec sur lui sa carte d'employé à la SNCF où trônait un timbre avec la photo d'Hitler, ainsi il pensait ne pas être inquiété.

Je suis descendue à mon tour voir ce qui se passait. Madame Clot, mère d'Henri Clot, qui arrivait du centre-ville, me dit de porter au plus vite les papiers d'identité à mon père car les Allemands venaient de déclarer que les personnes ne possédant pas de papiers, donc suspectes, seraient fusillées ou déportées !...

Madame Delpon, qui habitait en face de chez mes parents, se trouvait dehors avec sa fille Juliette. Cette dernière me dit : « Attends-moi, je viens avec toi. » Nous voilà donc parties place de l'église où Madame Clot m'avait dit que les hommes étaient "parqués". Mais là, il n'y avait plus personne... Je m'informe à l'épicerie Canet où on me dit qu'ils étaient partis par la route de Bagnac [note de Roger 15 : l'actuelle RN 122 vers Bagnac et Figeac]. Je file donc par cette route, toujours escortée par Juliette Delpon. Arrivées après l'embranchement de la route de la gare, à gauche, et la ferme Momboisse à droite, nous constatons que la route était barrée. Un officier allemand avec sa mitraillette faisait reculer Madame Canet-Durand qui, certainement, voulait récupérer son mari et pleurait à chaudes larmes. Cela avait l'air d'exaspérer cet officier

Prenant mon courage à deux mains, je m'avance vers l'officier allemand lui déclarant que j'accuse ses soldats d'avoir emmené mon père sans lui avoir donné le temps de prendre sa veste et ses papiers. Cet officier m'a toisé des pieds à la tête puis a regardé les papiers que je lui avais fourrés dans les mains. Il a fait signe à un jeune soldat allemand de me suivre. Je n'avais pas fait dix pas que ce jeune soldat se tourne vers moi et me demande, dans un français parfait, si les Allemands avaient été corrects avec moi ? Toute ébahie, je lui demande alors si lui n'était pas soldat allemand ? « Ah non !... Moi, je suis Alsacien, j'ai seize ans, et les Allemands m'ont enrôlé de force, sinon c'était mon père qui partait à ma place !... ». Son papa avait une ferme et des enfants en bas âge. Toujours méfiante, je lui demande cependant où sa Division comptait se rendre en partant de Maurs ? Il me répond : « Demain, nous serons à Bretenoux-Biars ». En entendant cette destination mon sang n'a fait qu'un tour... En effet, à Bretenoux-Biars était situé le plus grand Maquis de la Résistance du Lot dont nous faisions partie, mon mari et moi. Il fallait absolument que je me sorte de ce guêpier le plus rapidement possible et que j'aille à Biars-sur-Cère prévenir les gens de notre Maquis.

Confidence pour confidence j'ai dit à ce jeune Alsacien que j'avais trois enfants dont une petite fille et qu'il me tardait de récupérer mon père et de renter chez moi. Il m'a recommandé de n'avoir pas peur des Allemands, c'était le meilleur moyen de les intimider, ce qui était vrai.

Arrivé au petit ruisseau, en face du garage Costes actuellement, je vois un médecin juif que je connaissais, il portait deux seaux d'eau. Il a tombé ses lunettes, j'ai fait un geste pour les lui ramasser, mais "l'Allemand-Alsacien" m'a vivement tiré en arrière. J'ai aperçu Marius Aymard, qui lui aussi traînait des seaux d'eau. Il y avait là un autre officier allemand qui parlait avec Monsieur Raymond Puech, alors maire de Maurs. »

J'interromps provisoirement le témoignage de Madame Denise Dedenis pour apporter la précision suivante :

Les soldats allemands avaient, en encerclant Maurs, pris soin d'investir en tout premier la gendarmerie et de désarmer les gendarmes qu'ils avaient parqués avec tous les hommes valides qu'ils trouvaient ici ou là, dans les rues ou dans les maisons. Il n'y avait alors plus d'autorité officielle pour parlementer avec les soldats allemands. Des épouses d'hommes arrêtés sont alors allées trouver le maire (non pas élu, mais désigné par le gouvernement du Maréchal Pétain), Raymond Puech, patron d'une petite entreprise de transport. Celui-ci a alors enfilé son écharpe tricolore de maire et ses médailles de la "Grande Guerre" (il avait fait en effet la guerre de 1914-1918 et avait été décoré à Verdun) et est allé trouver les Allemands, d'un pas assuré et leur a parlé avec autorité, ce qui les a impressionné. Grâce à son intervention personnelle, la "rafle" de Maurs ne s'est pas terminée tragiquement. Le lendemain matin, en ouvrant les persiennes de son appartement du 4 avenue de la Gare à Maurs il a été ému de voir qu'avait été tracé à la peinture blanche en plein milieu de la rue, en caractères énormes, ce simple mot : " M E R C I "... Comme quoi, même des maire désignés par le Gouvernement de Vichy ont pu avoir un comportement héroïque !...

Mais, reprenons maintenant le témoignage de Madame Denise Dedenis :

« Je suis allé vers le deuxième officier allemand et Monsieur Raymond Puech. J'ai expliqué à l'officier ce que je venais faire. Monsieur Puech a expliqué que mon père était âgé, qu'il avait eu un accident et marchait difficilement avec une canne. Cet officier a donné l'autorisation de relâcher mon père. Mais, en contrepartie il a ordonné que Juliette et moi allions éplucher des pommes de terre. Je lui parle alors de ma très jeune fille à nourrir et alors le jeune soldat alsacien est intervenu en allemand pour prendre ma défense avec un air autoritaire que je ne lui soupçonnais pas !... Il a réussi à convaincre l'officier de me relâcher et Juliette est allée seule éplucher les patates...

J'ai poussé un "OUF" de soulagement !!!... ayant fait une vingtaine de mètres un groupe de femmes escortées par d'autres soldats allemands nous croise. Un troisième officier me fait signe de faire demi-tour et de les suivre !... Le jeune Alsacien a de nouveau pris la parole en allemand pour me défendre. Je n'ai pas compris ce qu'il a dit mais cela a porté ses fruits puisque l'officier m'a laissé partir. A ce moment trois jeunes filles qui se trouvaient dans le groupe m'ont supplié, en pleurant, d'aller rassurer leurs parents qui se trouvaient dans des roulottes à la place du Champ de Foire (actuelle place de l'Europe). Me revoilà devant la barrière du début de la route de Bagnac. Je quitte donc ce jeune Alsacien si sympathique en lui disant de faire attention à ce qu'il n'ait pas d'ennui avec les "vrais" Allemands, et je le remercie. Il me quitte en me disant : « Je n'ai fait que mon devoir, même si je porte l'uniforme des SS, je reste malgré tout un Français !... »

Mon père se dirige vers notre maison tandis que je file à la place du Champ de Foire. Je m'aperçois que je suis suivie par deux soldats allemands en arme... J'ai beau frapper aux fenêtres de toutes les roulottes, personne ne me répond. Il est vrai qu'avec mon "escorte" ce n'est pas étonnant... Alors je me suis mise à hurler que les Allemands avaient emmené leurs trois filles mais qu'ils les relâcheraient à midi. j'ai vu bouger des rideaux, le message était passé...

Je suis repartie et là mes deux cerbères m'ont enfin lâchée. J'arrive chez ma mère et lui explique que je dois partir vite attraper un train et prévenir le Maquis de Biars. A la gare de Maurs il y avait justement à l'arrêt un train de marchandises en provenance de Figeac et se dirigeant vers Aurillac avec un wagon de soldats allemands. Je me suis faufilée discrètement derrière le dernier wagon où il y avait une échelle en fer. Je l'ai empruntée pour monter à la pointe d'une vigie. A la gare de Viescamp-sous-Jallès j'ai pu descendre du train et en prendre un autre, venant d'Aurillac et se dirigeant vers Laroquebrou et Saint-Denis-Près-Martel. Je suis descendue à la gare de Bretenoux-Biars pour prévenir le Maquis de l'arrivée imminente de la Division allemande. De jeunes Maquisards ont reçu l'ordre d'engager le combat pour retarder le plus possible les soldats allemands, pendant que le gros du Maquis se retirait plus loin. Nous les connaissions à peine, ils ont tous payé de leur vie ce combat désespéré contre la Division SS Das Reich. Tous étaient des gosses âgés de vingt ans... » Signé : Denise Dedenis.

Roger le Cantalien.

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MessageSujet: Re: Déces de Mme dedenis (15)   Jeu 10 Fév 2011 - 8:25

Merci à toi daffy, qui encore une fois à fais un super travail.
Oui il est bon de ne pas oublier la place des femmes dans la résisitance et cette damme qui part emporte avec elle une partie de notre mémoire.
Il est bon de se souvenir...
Hommage à cette grande dame salu
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